Mai 68, imagerie politique

Naissance d’un style

Le graphisme soixante-huitard fut lui aussi révolutionnaire. Sa facture, son mode de production, ses couleurs, tout répond à sa mission politique : propager des messages haut et fort, en grosses lettres et croquis hâtifs, saturer la rue et ses murs en mobilisant les foules contre le pouvoir. La toute première de ces affiches fut réalisée le 14 mai 1968. Les Beaux-Arts sont en grève depuis plus d’une semaine, pendant laquelle les étudiants d’architecture ont produit des banderoles pour les manifs. Ils sont quatre étudiants qui s’affairent à l’atelier de lithographie pour imprimer trois mots sur fond noir, avec trois graphies différentes : Usine Université Union. Ils voulaient alors la vendre à des galeries, mais à peine franchissent-ils les portes de l’école que leur création est réquisitionnée par d’autres grévistes. 

Et pour inonder la ville, il faut produire plus, et avoir un peu de chances, ce dont ces jeunes graphistes ne manquèrent pas. Guy de Rougemont, peintre et sculpteur, revient à peine de New York et de la Factory de Warhol où il s’est spécialisé en sérigraphie. C’est lui qui passe aux Beaux-Arts et suggère devant la lenteur de la production lithographique de produite des sérigraphies, et de tirer immédiatement à 2000 ou 3000 exemplaires. La première, du 17 mai, marque la naissance de l’atelier et représente le bras d’un ouvrier marteau à la main clamant : « l’Art au service du peuple ». 

La main et le poing deviennent des images récurrentes, qui disent la détermination et l’engagement physique. Les affiches sont désormais conçues dans la journée dans des ateliers ou s’affairent des centaines d’étudiants, qui les soumettent ensuite la nuit au vote d’une assemblée générale qui détermine celles qui vont être tirées. La carte graphique se réduit à quelques conseils simples. L’imagerie rudimentaire emprunte volontiers les traits de la caricature et constituent au fil des jours un éphéméride de la révolte, répondant au jour le jour aux déclarations du pouvoir gaulliste. 

Mais ce que les auteurs dynamitent en même temps que l’autorité politique, c’est surtout leur pouvoir à eux, la main de l’artiste tout puissant et son ego. Aucune n’est signée, pas de droit d’auteur sur ces inventions graphiques. L’artiste n’est plus qu’au service du collectif, un travailleur comme un autre. Ainsi que le stipulait un tract adressé alors aux « camarades créateurs » : « travailler sur sa petite idée personnelle, même juste, c’est rester dans le cadre étroit de la conception bourgeoise ! »

Et surtout, ce foisonnement protéiforme et collectif fut d’une inventivité rare ; nous sommes très heureux de vous en présenter une collection unique dans notre seconde vente dédiée à Mai 1968.

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